Heideggers Hütte

February 27th, 2010 | admin

Nous venons de passer une semaine à Todtnauberg. L’hasard faisant nous logions au Schneiderhof à quelques cetaines de mètres de la cabane de Heidegger. Pour accompagner les photos ces lignes extraits d’un beau texte de Béatrice Commengé, Le tombeau de Heidegger,  publié dans la revue de ressources :

Au matin, la pluie tombée pendant la nuit avait emporté la lumière. Sur le sentier, l’ombre ne jouait plus avec le soleil, et l’air était comme allégé. J’avançais d’un pas rapide, pressée d’atteindre la clairière que j’apercevais au bout du chemin. En me conseillant ce sentier, le fermier ne s’était pas douté qu’il m’offrait le plus beau des cadeaux : grâce à lui j’allais aborder la Hütte par une “clairière”. Eine Lichtung. La clairière n’est pas un puits de lumière : c’est seulement “la forêt qui s’ouvre au marcheur, à cet endroit…” Dans sa bonté, le ciel, en se couvrant de gris, m’avait renvoyée à la racine secrète de la “clairière”. Lichtung dérivait moins de la clarté de Licht que de la légèreté de Leicht. Le pré qui s’ouvrait devant moi en sortant de la “sombre forêt” était dégagé de tout obstacle ; il était plus libre que lumineux, plus ouvert qu’éclairé. J’avais atteint le haut du pâturage aperçu la veille du “Heidegger Weg”. J’avançais à grands pas dans l’herbe humide, longeant la forêt sur la gauche. Trois petits chalets de ski occupaient la pente de ce versant de la montagne. “C’est le troisième” , m’avait dit le fermier. Cette fois, je décidai de couper à travers les champs détrempés. Les vaches étaient toujours en bas avec leurs veaux. La Hütte dessinait une tache claire sur le dernier mamelon du pré. Je reconnus le petit bouquet d’arbres devant la maison (ceux que j’avais pris pour des bouleaux à cause de la transparence du feuillage), ainsi que les trois fenêtres carrées de la façade. Mais je ne voyais toujours pas la fontaine. Les volets, comme la porte d’entrée, avaient été peints en vert, rehaussés d’un liseré bleu vif. Les murs de bois étaient d’un gris perle. Au fond, j’avais fait tout ce chemin pour trois couleurs. Désormais, quand je lirai “sur le versant escarpé d’une montagne se dresse un petit chalet…”, je verrai du gris, du vert, et du bleu. Et je verrai aussi un tronc creux qui se remplit lentement de l’eau d’une source. Assise sur le rebord du tronc creux, j’ai regardé longtemps la fenêtre fermée du “bureau”. C’est en me levant que je crus reconnaître, juste devant la maison, légèrement en contrebas du bouquet d’arbres, le rose vif d’une petite orchidée de montagne. Ces fleurs-là sont rarement solitaires. Elles aiment multiplier leurs grappes sur les talus au bord des routes et des prés. J’ai dû enjamber la source pour aller en cueillir deux qui me semblaient plus lumineuses que les autres. Elles iraient rejoindre la plume de corbeau dans Le Chemin de Campagne.

One Response to “Heideggers Hütte”

  1. [...] This post was mentioned on Twitter by Matthias . Matthias said: Post Edited: Heideggers Hütte http://www.skizzenbuch.org/?p=1306 [...]

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